Pour les 4 initiateurs de ce beau projet, la création de la ferme de Sainte-Luce ne pouvaient se faire que dans un esprit collectif. Le développement du GAEC a donc été basé sur le partage. Et quand les associés parlent de cette valeur, cela va au-delà du partage des tâches agricoles sur la ferme. Dès le début de leur activité, une garde partagée des enfants entre les deux couples s’est organisée, en plus d’avoir fait le choix d’être le plus polyvalent possible sur les ateliers pour pouvoir se remplacer. Ainsi, encore aujourd’hui, chaque associé dispose de week-ends libres (1 week-end sur 4 d’astreinte) et de 4 semaines de vacances.

Pour chaque atelier, l’ensemble des taches manuelles se partagent entre les salariés et associés. Ces derniers souhaitaient cette position pour atténuer leur position hiérarchique et de manière à être plus cohérent dans leur métier et leurs prises de décision. Mais les tâches à responsabilité sont quant à elles aux mains des associés. A Sainte-Luce, chaque heure travaillée est comptée, ce qui est plutôt rare dans le milieu agricole. Les associés font donc le bilan de leurs heures de travail en fin d’année. Cela leur permet de proratiser le revenu de chacun à ce taux horaire annuel. Du côté salarié, le choix a été fait d’établir un SMIC universel à chacun. Mais cette stratégie est en cours d’évolution.
Après avoir vécu une semaine au sein de ce collectif, nous avons clairement vu l’importante place que doit prendre la communication. A Sainte-Luce, pour favoriser les échanges et la transversalité, des réunions mensuelles sont organisées : entre associés, entre associés et associants, avec les salariés, ou bien au sein d’un atelier. Et les associés insistent également sur la transmission d’informations par écrit. On trouve ainsi beaucoup de panneaux, modes d’emplois, recettes de fabrication sur tous les ateliers pour assurer ce partage d’informations et de compétences.
Toujours dans l’idée d’entraide et de convivialité, les repas du midi sont partagés entre tous au sein du Loft (lieu de vie commun). La cuisine est assurée à tour de rôle avec un système de monnaie locale qui permet à chacun de profiter d’un bon repas. Ainsi le cuistot de la journée reçoit des tickets de ses hôtes qui lui permettront à son tour de participer aux repas partagés. La préparation de ces repas est comptée comme un temps de travail pour chacun. Un poulailler et un jardin collectif sont aussi présents dans la ferme et permettent à chacun de profiter de bons produits. Ce sont des outils simples qui permettent de créer du lien entre tous.

La ferme de Sainte-Luce est une forme du collectif intéressante car c’est une source importante d’emplois locaux (20 personnes travaillent sur la ferme) dans un territoire rurale. Parmi ces travailleurs, beaucoup ne sont pas issu du milieu agricole. C’est donc une ouverture et une nouvelle dynamique pour cette activité qui est de plus en plus délaissée. Le nombre de personnes et une bonne organisation sont une combinaison parfaite pour dégager du temps libre à chacun. Et ce dernier point reste très rare dans le monde agricole.
Cependant, la plus grande contrainte dans ce système reste le nombre de travailleurs à gérer. Cela nécessite un cadre de travail structuré et beaucoup de transparence vis à vis de tous le monde. Aujourd’hui, le collectif d’associés (5 personnes) se passe très bien mais selon Vincent (un des précurseur du collectif) le collectif des travailleurs dans son ensemble est difficile à faire vivre. C’est pourquoi aujourd’hui, les lignes bougent… des idées d’organisation nouvelles apparaissent… car l’esprit du collectif, c’est aussi d’être en constante évolution. Les associés discutent maintenant de développer la gouvernance partagée au sein du collectif et de donner plus de voie aux salariés. Ils appellent cela le pacte social, qui sera réfléchi et monté en partenariat avec les salariés pour les impliquer d’avantage dans les prises de décisions et dans la stratégie d’entreprise.

