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C’est au cœur d’une petite bergerie en région Albigeoise, entourée de ses villages perchés que Bastien et Marion ont fait le choix de leur installation.

L’aventure agricole de ce couple commence il y a 10 ans au sein d’une ferme collective dans la vallée de la Roya à 1200m d’altitude, mise à disposition par la SAS Terres communes. Cette structure était à l’époque une forme inédite de propriété du foncier, collective, éthique, qui garantissait une utilisation des terres respectueuse des valeurs écologiques et sociales. L’objectif était de défendre l’agriculture paysanne, en pérennisant trois fermes collectives et en les protégeant à long terme de la spéculation immobilière. L’une de ces fermes était donc établie dans cette vallée sauvage du Mercantour où l’on y partage valeurs et aspirations, travail et revenus pour expérimenter de façon collective et autogestionnaire une alternative au système conventionnel. Dans cette ferme fromagère perchée sur les montagnes, ils y élèvent 80 brebis laitières (Lacaune et Brigasque), 2 vaches laitières (Val d’Aoste), 200 poules pondeuses et cultivent quelques légumes de garde (pomme de terre, poireaux). Le collectif et le partage sont les maîtres mots mais amènent rapidement des tensions, des départs, des arrivés qui bouleversent l’organisation de chacun. Trop de partage tuerait le partage ? Pour Bastien et Marion qui avaient un projet de famille, l’envie de s’établir dans un lieu avec plus d’intimité et moins de monde se faisait ressentir. C’est donc avec un peu de désillusion que le couple quitte ce lieu magique pour lequel ils avaient beaucoup œuvré, en se rendant bien compte que le collectif a ses limites et qu’il doit être cadré pour fonctionner.

En 2017, ils font donc le choix de revenir dans le département d’origine de Marion : le Tarn. L’objectif était alors de se rapprocher de la famille. Ils ont donc racheté les terres agricoles d’un couple hollandais installé avec quelques vaches laitières à Andignac sur la commune de Vindrac-Alayrac. Et dans leur volonté de poursuivre la production de brebis laitières, ils construisent une bergerie avec une grosse part en autoconstruction, hormis la charpente bois. L’autoconstruction leur a permis de grandement limiter leur investissement (100 000€ pour 400m2, soit 250€/m2 contre 400€/m2 sans autoconstruction / bergerie + laiterie). L’ancien bâtiment des vaches laitières a été racheté et aménagé en hangar de stockage fourrage pour une partie et en atelier bricolage pour le reste. La fromagerie est quant à elle louée aux anciens propriétaires (600€/an).

L’exploitation se compose de 24 ha de SAU (14 ha de prairie et 10 ha de parcours boisés). La quasi totalité (20ha) est utilisé pour le pâturage. 4ha sont utilisés pour la fauche et 1 à 2 ha sont cultivés en céréales pour renouveler les prairies. Le cheptel se compose de 90 brebis en lactation (race lacaune), d’un renouvellement de 35 agnelles et de 3 béliers, pour un chargement moyen de 1 UGB/ha. Éthiquement le couple fait le choix de produire en agriculture biologique et s’engage encore plus en adhérent à la mention valorisante « Nature et Progrès » avec un cahier des charges plus stricte que le label AB qui prend en compte des aspects éthiques et sociaux.

Les 20 ha de pâturage permettent d’assurer 500 à 550 kg de MS/brebis/an soit l’équivalent de 50 à 55 t de matière sèche selon les années (environ 2.75 t MS d’herbe/ha) correspondant à 4 ou 5 tours de pâturage sur les prairies et 2 à 3 tours sur les parcours boisés entre mars et juin. Ces faibles rendements sont dû à un climat relativement séchant l’été et des précipitations annuelles moyennes assez faibles (550 mm/an). Le reste des besoins en fourrages est comblé par l’achat de stock sur pieds chez un voisin (prix d’achat de 1/3 de la valeur du foin du marché, soit 40€/t MS en moyenne). Le pâturage est réalisé en pâturage tournant simplifié sur des parcelles moyennes de 1 ha avec des chargements instantanés de 15 à 20 UGB/ha et des temps de présence de 3 à 5 jours. Cette technique de pâturage permet de respecter un temps de repos minimal de 20 jours de la prairie, d’assurer un chargement à la parcelle élevé pour entretenir les parcs et éviter l’embroussaillement, et homogénéiser le retour des matières organiques par les déjections animales.

Les agnelages sont groupés et suivent le rythme saisonnier des brebis avec des mises bas débutant mi-janvier et qui s’étalent jusqu’à fin mars/début avril. La traite est assurée en bi-traite jusqu’à mi-mai puis en monotraite (le matin) une fois le pic de lactation passé pour se dégager d’une astreinte quotidienne. Les bâtiments sont très fonctionnels et permettent d’avoir des astreintes efficaces et rapides (5h/jours pour réaliser la traite + alimentation des brebis et agnelles pour une personne en période de bi-traite / 3h30 en monotraite). Cette efficacité est primordiale pour pouvoir se dégager du temps pour la fromagerie et la commercialisation. L’exploitation compte 2.5 UTH (1 apprenti, 1 salarié à mi-temps, Bastien à plein temps et Marion à mi-temps qui travaille à l’extérieur pour le reste).

En fromagerie, ce sont 20 000 L de lait par an qui sont transformés (200l/brebis/an) en lactiques/fromages blanc (15%), yaourts (10%) et tomme (75%). Le planning de fabrication s’articule autour de cinq journées : 3 journées pour la tomme, 1 journée pour les yaourts et 1 journée pour les lactiques et fromage blanc. Ce qui représente un total de 1400L de lait sur la période de pic de lactation. Une fois ce pic passé, le passage en mono-traite permet de transformer une journée de moins en Tomme. Ce fonctionnement est possible avec le report de lait qui se fait parfois sur 3 jours. La commercialisation se fait via une AMAP, des épiceries, un magasin de producteur, deux marchés et des livraisons via le site web « Cagette ». Ce dernier est un groupement d »achat de producteurs (24 producteurs) qui se sont réunis pour vendre leurs produits sur une plateforme en ligne. Les clients font donc leurs commandes et le paiement en ligne en choisissant des points de retrait où ils seront livrés. Les préparations et livraisons de commandes se réalisent tous les jeudis en collectif par le groupe d’agriculteurs. Pour cela, ils ont mis en place un système d’astreinte et un planning de roulement en fonction du CA de chaque producteur. Marion et Bastien ont de leur côté 2 jours par mois d’astreinte pour préparer les commandes ou pour s’occuper des livraisons. Dans ce même esprit collectif, ils ont créé depuis le début d’année un regroupement avec 3 autres producteurs sous forme associative pour réaliser un marché en commun. Le principe est simple, les 4 producteurs vendent sur un stand commun au marché hebdomadaire de Saint Antonin, avec un roulement pour réaliser une astreinte mensuelle pour la vente. Cette partie commercialisation n’est donc pas à négliger avec les préparations de commandes et occupent un mi-temps (17h/semaine) sur la période de production.

L’activité de transformation fromagère (40h/semaine) et commercialisation (17h/semaine) restent très gourmandes en temps de travail (quasiment 60% du temps total) mais permettent une forte valorisation du lait (3.6€/l de lait en moyenne) pour un chiffre d’affaire proche de 72 000€. En plus de cela l’exploitation valorise une dizaine d’agneaux en caissette par an ainsi que des cochons plein air de race Duroc qu’ils achètent petits et engraissent avec du petit lait, de l’orge et du son de blé pris chez un voisin meunier. Au total 14 cochons sont abattus/an et valorisés en majorité en charcuterie sèche pour la vendre facilement sur les marchés. L’abattage et la découpe se réalise en prestation (350€/cochons) et permet de valoriser des cochons à 1000/1100 €.

Cette installation est le fruit de la motivation de Bastien et Marion pour vivre d’une activité qui leur plaît et qui a du sens. C’est également la construction d’un outil de travail qui leur correspond grâce à leur 10 ans d’expérience dans les Alpes. Cela nous montre qu’avec beaucoup d’envies et une certaine expérience la réussite n’est jamais loin…

Thomas Gery