La ferme de la Fremondière est située dans le département de la Manche au cœur des bocages. C’est une exploitation laitière familiale. Stéphanie et Nicolas en sont les deux associés.

La ferme comprend un troupeau d’environ 140 vaches laitières de race Normande à 80% et le reste en Prim’Holstein, pour une production totale d’environ 780 000L. L’exploitation compte 173 ha avec 26 ha de maïs ensilage, 15 ha de blé et orge et le reste en prairies permanentes et temporaires.

L’alimentation des vaches est composée de maïs ensilage (70%) et d’ensilage d’herbe (30%) l’hiver avec un libre accès au foin. A cette période les vaches sont complémentées avec des céréales auto-produites sur la fermes et du tourteaux de colza. En effet Nicolas a fait le choix de préférer le tourteaux de colza au soja pour une question d’éthique avec un tourteaux originaire de France et non OGM. Le maïs ensilage beaucoup critiqué par certains restent tout de même un choix stratégique et cohérent sur la ferme. Dans cette région arrosée de la Normandie (1000 à 1300 mm/an), le maïs reste une plante qui permet de faire du stock important sur une petite surface. Nicolas veille à optimiser ses rotations en évitant les monocultures de maïs sur ses parcelles pour également diminuer ses doses d’utilisation d’herbicide. La principale problématique du maïs est son fort besoin de complémentation en azote pour équilibrer la ration des vaches. Sur ce point Nicolas commence à implanter des luzernes et des prairies riches en légumineuses (trèfle violet) pour avoir un ensilage d’herbe le plus riche possible en azote et également sécuriser ses coupes sur des mois d’été très sec. Dès l’hiver fini (début février), les vaches recommencent à pâturer autour de la ferme. 30ha sont accessibles en se donnant les moyens (aménagement de chemins d’accès et approvisionnement en eau des parcelles) permettant ainsi de disposer de 25 ares/VL et d’avoir une ration estivale avec plus de 10kg de matière sèche d’herbe. Sur la période de plein pâturage, seule une complémentation en ensilage de maïs à hauteur de 5kg est apportée pour faire office de concentrés énergétiques.


Lors de leur installation les deux jeunes associés font rapidement le choix de s’orienter vers la transformation laitière pour mieux valoriser leur produit. En effet à un prix du lait national à 320€/1000L, la production laitière en simple livraison reste très compliquée et dépendante du marché. On constate vite l’aberration de notre politique agricole qui s’est tournée vers l’exportation et la concurrence mondiale en tirant les prix vers le bas. Mais aussi avec des consommateurs qui ont aujourd’hui totalement perdu la réelle notion du prix des produits. Le constat de Nicolas aujourd’hui est que les gens dépensent plus pour s’acheter des Iphone que pour leur propre alimentation. Cela amène les producteurs à être payés en dessous du prix de production de leur lait (coût de production 2019 du lait estimé à 499€/1000L sur une base de rémunération horaire équivalente à 2 SMIC). Quand on voit le travail et les sacrifices journaliers que le monde agricole réalise, on se dit qu’il y a vraiment un problème… Alors la solution c’est quoi ? Baisser la tête et ne plus compter ses heures pour rentrer dans la stratégie volume ? Stéphanie et Nicolas ne voulaient pas tomber dans les vis cachés de cette machine infernale et ont donc choisi la voie « ‘d’indépendance » en partie -> « Si ils veulent pas nous payer, ben c’est nous qui allons nous payer ». De la se met en place la construction d’un petit laboratoire de transformation leur permettant de transformer 70 000 L de lait en produits lactiques et 200 000 L en écrémage à l’année.
En plus de cette stratégie, et du fait de l’importante taille de la structure les éleveurs font également le choix de développer le salariat avec l’équivalent de 2,5 temps plein répartis entre 4 salariés : Une salarié polyvalente entre les soins au troupeau, la traite et la transformation, 2 salariés sur la transformation et 1 salarié spécialisé sur la traite. L’exploitation mise également beaucoup sur la délégation de certains travaux : la distribution de la ration aux vaches laitières se fait en commun avec 8 autres agriculteurs avec deux chauffeurs spécialisées qui passent tous les matins pour distribuer la ration aux vaches et génisses avec une désileuse/mélangeuse. Une bonne partie du matériel est en CUMA, qui a également un chauffeur et dont Nicolas est le président. Cet aspect collectif et d’entraide est très important dans ces régions où le lait n’est pas très bien valorisé et nous voyons rapidement la différence avec les départements savoyards dans lesquels nous avons pu travailler.

Même si les deux associés se posent parfois des questions sur la dimension de leur structure et certains choix opérés, c’est leur caractère d’entrepreneur et leur envie d’évolution qui leur a permis de construire une ferme faisant vivre 4,5 personnes et proche de son territoire.
